JAURÈS (Charles). - Lot 245

Lot 245
Aller au lot
Estimation :
300 - 400 EUR
Enchérir sur drouot.com
JAURÈS (Charles). - Lot 245
JAURÈS (Charles). Né à Castres, 1808-1870. Officier de marine, futur amiral, cousin de Jean Jaurès. Chargé du transport en France de l'Obélisque de Louxor offert par le vice-roi d'Égypte à Louis-Philippe. Importante L.A.S. « C. Jaurès », adressée à « Mon cher ami ». Massouah [Massawa, actuelle Érythrée], 15 mars 1853. 9 pp. in-4 sur double feuillets numérotés. Passionnante et très dense lettre politique et diplomatique rédigée depuis la mer Rouge quelques mois après l'instauration du Second Empire, dans laquelle Charles Jaurès livre à son correspondant une analyse extrêmement libre de la situation intérieure française, des ambitions impériales de Napoléon III et des grands équilibres européens. Jaurès critique sévèrement les illusions politiques de son correspondant et attaque avec vigueur le nouveau régime : « Le suffrage universel est un instrument dangereux qui tôt ou tard les renversera… » Il juge le mariage impérial avec Eugénie de Montijo comme une faute politique majeure : « L.N. voulait avoir cette femme, il lui a donné la couronne de France comme on donne à d'autres un billet de 1000 f… » La lettre contient surtout d'importants développements géopolitiques sur l'Angleterre, la Russie et l'avenir de la politique européenne. Jaurès pressent déjà l'alliance franco-anglaise contre la Russie et analyse avec lucidité la domination maritime britannique : « Aujourd'hui ils ont une flotte formidable dans la Manche dont sept vaisseaux à vapeur… » et encore : « Il faut avoir l'Angleterre avec soi… » Officier en campagne dans la mer Rouge, il décrit également les intérêts français à Madagascar et critique les projets de colonisation inconsidérés : « Il ne faut pas se créer une nouvelle Algérie à 3000 lieues de France… » La dernière page, très vivante, évoque enfin les préparatifs possibles d'un départ vers Manille et la mer de Chine, ainsi que les ambitions navales françaises en Extrême-Orient : « Si j'avais été seul sur ma frégate je serais déjà au Japon, prêt à assister à l'expédition Américaine… » Allusion remarquable aux premières ouvertures forcées du Japon par les États-Unis au moment même de l'expédition du commodore Perry. La lettre offre enfin de précieuses observations sur le commerce français en Orient, les négociants de Marseille, les Anglais établis dans la région, ainsi que les difficultés de la présence française en mer Rouge et dans l'océan Indien. Ensemble d'un très grand intérêt historique et politique, remarquable témoignage d'un officier supérieur français sur les débuts du Second Empire, les tensions européennes précédant la guerre de Crimée et les ambitions coloniales françaises en Orient et en Extrême-Orient. Belle écriture ample et très lisible. Quelques plis, petites rousseurs et traces marginales d'usage.
Mes ordres d'achat
Informations sur la vente
Conditions de vente
Retourner au catalogue