DAUGIER (Eugène). - Lot 240

Lot 240
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250 - 300 EUR
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DAUGIER (Eugène). - Lot 240
DAUGIER (Eugène). Né à Courthézon en 1764 - mort en 1834. Marin, officier républicain et homme politique. P.A.S. « Daugier ». Brest, 6 vendémiaire an III de la République [27 septembre 1794]. 11 pp. in-folio manuscrites. Important mémoire autographe sur papier vergé, conservé cousu sous couverture d'époque titrée : « Extrait des moyens justificatifs du citoyen Daugier… ». Quelques rousseurs, mouillures marginales, petits défauts et usures aux pliures ; ensemble très bien conservé pour ce type de document révolutionnaire. Très important mémoire justificatif rédigé sous la Terreur finissante par le marin républicain Eugène Daugier, alors emprisonné, afin de démontrer son innocence après avoir été accusé de trahison et de signaux suspects au sein de l'armée navale commandée par le vice-amiral Morard de Galles. Le document constitue un remarquable témoignage sur les tensions politiques et les soupçons qui agitent la marine révolutionnaire durant les campagnes navales de 1793-1794. Daugier y relate son arrestation, ses longs mois de détention et répond point par point aux accusations portées contre lui par le général Landais, qu'il accuse d'être victime d'« imaginations en délire » : « Le général Landais (…) remit (…) un long mémoire fruit de son imagination en délire dans lequel il me soupçonnait (…) d'avoir fait des signaux particuliers… » Le mémoire développe ensuite une minutieuse démonstration technique autour des signaux maritimes employés dans l'escadre. Daugier décrit avec précision les pavillons, flammes rouges et signaux de reconnaissance utilisés à bord des bâtiments républicains afin de démontrer l'absurdité des accusations. L'ensemble est enrichi de nombreuses copies de certificats et témoignages manuscrits signés par officiers, contre-amiraux, administrateurs et marins de la flotte républicaine, tous attestant du patriotisme et de la fidélité de Daugier à la République. Plusieurs passages dénoncent explicitement la paranoïa politique qui règne alors dans les armées : « On ne saurait sans imprudence confier le commandement de nos forces navales à un homme dont la tête est déjà affaiblie… » Plusieurs témoins louent au contraire « son zèle et son patriotisme », affirmant qu'il « serait utile à la République ». Le mémoire prend parfois une dimension profondément personnelle et dramatique. Daugier évoque « une année d'une détention cruelle », les souffrances de la prison et la douleur d'être accusé malgré ses services rendus à la République : « Après une année d'une détention cruelle (…) il est pénible d'avoir encore à réclamer justice… » Le document se clôt sur une vibrante profession de foi républicaine et un appel à la justice nationale après les excès de la Terreur. Rare et très important témoignage manuscrit sur la marine française sous la Révolution, les purges politiques dans les armées républicaines et le climat de suspicion qui règne au sein des forces navales après les grandes campagnes atlantiques de 1793-1794. Ensemble d'un grand intérêt historique et documentaire.
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